Tomates sous serre toute l’année : est-ce vraiment possible ?

tomates sous serre toute annee

Cultiver des tomates sous serre toute l’année est possible, mais une serre de jardin non chauffée ne suffit pas pour récolter en plein hiver. En France, une production réellement continue demande de maîtriser la température, la lumière, l’humidité et la pollinisation. Le froid peut être compensé par le chauffage, tandis que le manque de luminosité hivernale reste souvent le principal frein : sans éclairage complémentaire, la croissance ralentit fortement et la fructification devient difficile. Mais quel est le coût énergétique d’une telle production ? Chauffer et éclairer une serre en hiver reste-t-il pertinent d’un point de vue écologique, ou vaut-il mieux chercher à prolonger la saison de quelques mois seulement ?

Peut-on vraiment avoir des tomates sous serre toute l’année ?

Une serre permet de gagner plusieurs mois de culture, mais elle ne transforme pas automatiquement l’hiver en été. En France, le niveau d’équipement détermine directement la période pendant laquelle vos plants peuvent continuer à fleurir et à produire.

Le constat est clair : le chauffage seul ne permet généralement pas une production hivernale satisfaisante. Maintenir 18 à 20 °C en décembre ne compense pas une luminosité insuffisante. Les plants s’allongent, leur croissance ralentit et les bouquets floraux deviennent moins productifs.

Pour votre serre, trois niveaux d’ambition sont donc possibles :

  • une serre froide pour avancer les premières récoltes et prolonger celles d’automne ;
  • une serre légèrement chauffée pour gagner plusieurs semaines supplémentaires ;
  • une serre chauffée et éclairée pour produire jusque pendant l’hiver.

Pour un jardinier amateur, la troisième solution reste coûteuse au regard de la quantité de tomates récoltée.

Produire 12 mois sur 12 augmente les risques sanitaires et le coût énergétique

Cultiver continuellement la même espèce sous abri supprime presque toute période de vide sanitaire. Ravageurs et agents pathogènes disposent alors de conditions favorables pour se maintenir d’une culture à la suivante.

Une surveillance régulière doit notamment porter sur :

Le Botrytis apprécie particulièrement les atmosphères humides. Les blessures provoquées lors de la taille, de l’ébourgeonnage ou de l’effeuillage peuvent faciliter son installation. Retirez rapidement les parties atteintes, nettoyez les outils et ne laissez pas s’accumuler les déchets végétaux dans la serre.

Une période pendant laquelle la serre est vidée et nettoyée reste très intéressante entre deux cycles de culture. Elle permet également de repartir avec de jeunes plants vigoureux plutôt que de prolonger des pieds vieillissants.

L’enjeu est bein évidemment écologique. Produire quelques tomates en plein hiver peut nécessiter beaucoup plus d’énergie que de les cultiver lorsque la lumière et les températures sont naturellement favorables. Le chauffage représente d’ailleurs une part majeure de l’empreinte carbone des serres chauffées. Plus la température extérieure baisse et plus la lumière naturelle manque, plus la consommation augmente.

Pour réduire cet impact, mieux vaut privilégier une serre peu ou pas chauffée, prolonger la saison au printemps et en automne, améliorer l’isolation nocturne et réserver le chauffage aux périodes où il apporte un réel gain de production. À l’échelle d’un jardin, chercher à récolter jusqu’en novembre puis reprendre tôt au printemps est généralement plus sobre en énergie que vouloir produire des tomates en janvier à tout prix.

Température, lumière et humidité : les trois paramètres à maîtriser

Maintenir des températures favorables sans surchauffer

La tomate apprécie une atmosphère chaude, avec environ 21 à 28 °C en journée et autour de 17 à 18 °C la nuit. Une température durablement trop basse ralentit la croissance et l’assimilation des éléments nutritifs.

Mais une serre annuelle doit aussi affronter le problème inverse. Lorsque la température dépasse régulièrement 29 à 32 °C, la qualité du pollen diminue et certaines fleurs peuvent avorter. Une installation adaptée doit donc conserver la chaleur en hiver tout en l’évacuant rapidement en été.

La lumière devient le principal obstacle en hiver

La tomate est particulièrement gourmande en lumière. Pour atteindre une production élevée, elle bénéficie généralement d’un apport quotidien de lumière photosynthétique, ou DLI, situé aux alentours de 20 à 30 mol/m²/jour.

Or, entre la fin de l’automne et l’hiver, le rayonnement disponible chute fortement sous nos latitudes. Le vitrage, le film plastique et la structure de la serre réduisent encore une partie de la lumière reçue par les feuilles.

Une production hivernale régulière nécessite alors un éclairage horticole LED suffisamment puissant. Les dispositifs professionnels peuvent fonctionner durant 16 à 18 heures selon la lumière naturelle disponible. Quelques petites lampes horticoles placées au-dessus des plants ne permettent pas d’obtenir les mêmes résultats.

Éviter l’excès d’humidité

Une humidité relative située autour de 60 à 70 % constitue une bonne référence pour la tomate. En hiver, l’exercice devient délicat : les plants transpirent, l’eau du substrat s’évapore et l’humidité peut condenser sur les parois froides.

La régulation repose sur plusieurs leviers :

  • chauffer lorsque cela est nécessaire ;
  • brasser l’air entre les plants ;
  • ventiler sans refroidir brutalement la serre ;
  • espacer correctement les pieds ;
  • éviter de mouiller inutilement le feuillage ;
  • recourir à une déshumidification dans les installations très équipées.

Une atmosphère constamment saturée favorise notamment les maladies fongiques et dégrade la qualité de la pollinisation.

Quel équipement faut-il pour récolter des tomates en hiver ?

Produire entre décembre et février demande bien davantage qu’un simple tunnel plastique. Une serre destinée à cet usage doit combiner conservation de la chaleur, apport lumineux et renouvellement de l’air.

Une installation complète peut ainsi comporter :

  • une serre très lumineuse avec une isolation correcte ;
  • un chauffage commandé par thermostat ;
  • un écran thermique limitant les pertes nocturnes ;
  • des LED horticoles ;
  • des ouvertures hautes et basses ;
  • un système de brassage d’air ;
  • un thermomètre et un hygromètre ;
  • une irrigation au goutte-à-goutte ;
  • un dispositif d’ombrage pour l’été ;
  • une fertilisation précisément dosée.

Une difficulté apparaît dès le retour des beaux jours : la serre pensée pour retenir la chaleur en janvier peut devenir une étuve en juillet. Ouvertures automatiques, ombrage, vitrage diffus ou brumisation peuvent alors aider à limiter les températures excessives.

Pour une petite serre de jardin, mieux vaut viser une longue saison

La solution la plus accessible consiste à chercher non pas douze mois de production, mais une période de récolte aussi étendue que possible.

Vous pouvez, par exemple :

  • commencer vos semis sous abri chauffé dès février ;
  • installer les plants sous serre au printemps ;
  • récolter à partir de la fin du printemps ou du début de l’été ;
  • maintenir la production durant l’été ;
  • conserver les plants jusqu’en octobre ou novembre ;
  • utiliser ponctuellement un chauffage pour prolonger encore la saison.

Cette stratégie demande beaucoup moins d’énergie qu’une production hivernale complète tout en offrant déjà plusieurs mois supplémentaires par rapport à une culture extérieure.

Quelles tomates choisir pour une culture très longue ?

Les variétés indéterminées sont les plus adaptées à une serre exploitée sur une longue période. Leur tige poursuit sa croissance et produit régulièrement de nouveaux bouquets floraux tant que les conditions restent favorables.

Les variétés destinées à la culture sous serre sont généralement sélectionnées pour plusieurs caractéristiques :

  • croissance vigoureuse ;
  • production prolongée ;
  • rendement régulier ;
  • qualité des fruits ;
  • résistances à certaines maladies.

Les tomates cerises indéterminées sont particulièrement intéressantes dans une serre familiale. Leurs fruits mûrissent rapidement et les plantes sont souvent très productives.

Peut-on conserver le même pied indéfiniment ?

Une tomate indéterminée peut rester vivante très longtemps si elle ne rencontre ni gel ni conditions défavorables. Cela ne signifie pas qu’il soit avantageux de maintenir le même plant plusieurs années.

Au fil des mois, les tiges deviennent longues, les plants vieillissent et la densité végétale complique la maîtrise sanitaire. Renouveler régulièrement la culture est généralement plus intéressant que chercher à maintenir indéfiniment les mêmes pieds.

Dans les grandes serres, les producteurs utilisent parfois la technique du lowering and leaning. La tige, suspendue à une ficelle, est progressivement descendue puis couchée au fur et à mesure de son allongement. Son extrémité continue ainsi à pousser sans atteindre définitivement le plafond.

Comment conduire des tomates sous serre sur une longue période ?

Palisser et tailler régulièrement

Une culture verticale prolongée se conduit généralement sur une tige principale. Cette méthode limite l’encombrement et facilite la circulation de l’air entre les plants.

Au fil de la croissance :

  • palissez la tige contre une ficelle ou un support ;
  • retirez régulièrement les gourmands ;
  • supprimez progressivement les feuilles âgées situées sous les grappes récoltées ;
  • évitez toutefois un effeuillage trop brutal ;
  • accompagnez les tiges sans les plier brutalement.

Un feuillage équilibré reste nécessaire pour alimenter les fruits et protéger la plante des excès de rayonnement.

Garder un arrosage régulier

Les variations brutales d’humidité du substrat favorisent l’éclatement des fruits et la nécrose apicale, appelée couramment cul noir. Un goutte-à-goutte facilite l’apport de petites quantités d’eau de manière régulière.

En bac, pot ou sac de culture, les éléments nutritifs disponibles s’épuisent rapidement. Après l’apparition des premiers fruits, un engrais adapté aux tomates, suffisamment riche en potassium, peut être apporté régulièrement selon le dosage indiqué par le fabricant. Dans les serres hors-sol, irrigation et fertilisation sont regroupées sous forme de fertigation.

Ne pas négliger la pollinisation

Les fleurs de tomates sont autofertiles. Elles ont toutefois besoin d’être suffisamment vibrées pour que leur pollen soit libéré correctement.

Dans une serre familiale, plusieurs gestes simples suffisent généralement :

  • aérer régulièrement lorsque la météo le permet ;
  • secouer légèrement les bouquets floraux ;
  • vibrer délicatement les fleurs ;
  • laisser entrer les insectes pollinisateurs.

Les serres professionnelles utilisent fréquemment des bourdons, particulièrement efficaces pour faire vibrer les fleurs de tomates. Une humidité trop élevée peut, à l’inverse, rendre le pollen collant et réduire la nouaison.

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