
Biographie de Roberto Burle Marx
Roberto Burle Marx voit le jour le 4 août 1909 à São Paulo, dans une famille aux racines mêlées. Son père, un commerçant juif allemand venu de Trèves, et sa mère, issue de la bourgeoisie brésilienne, lui offrent une enfance ouverte sur le monde. C’est en Allemagne, entre 1928 et 1929, que se produit un tournant : étudiant la peinture, il visite les jardins botaniques de Dahlem à Berlin. Là, il découvre pour la première fois les plantes tropicales de son pays natal… en exil. Cette révélation le marquera à jamais.
De retour au Brésil, il s’inscrit à l’École nationale des beaux-arts de Rio de Janeiro en 1930. Très vite, il troque les pinceaux pour les sécateurs, ou plutôt, il les associe. Car pour Burle Marx, le jardin est une toile vivante. En 1932, il conçoit son premier aménagement paysager pour la maison Schwartz, en collaboration avec Lucio Costa et Gregori Warchavchik. C’est le début d’une carrière foisonnante, qui le mènera aux côtés des grands architectes brésiliens comme Oscar Niemeyer.
Son amour des plantes ne se limite pas à leur esthétique : il parcourt le Brésil et l’Amérique du Sud à la recherche de spécimens indigènes. Sa passion le conduit à rassembler l’une des plus grandes collections botaniques privées du continent. Il s’éteint en 1994 à Rio de Janeiro, laissant derrière lui une empreinte indélébile sur le monde du paysage.
Philosophie et caractéristiques stylistiques de Roberto Burle Marx
Roberto Burle Marx ne faisait rien comme les autres. À une époque où les jardins tropicaux étaient souvent remplis de plantes venues d’ailleurs, il défendait ardemment l’usage des espèces indigènes. Il considérait que la flore brésilienne, riche et exubérante, méritait d’être mise en scène dans son propre pays, non importée ni modifiée, mais sublimée.
Son approche paysagère empruntait beaucoup à l’art abstrait. Chaque composition était pensée comme un tableau, avec ses formes organiques, ses lignes fluides et ses jeux de textures. Il utilisait une végétation variée, dense, vivante : broméliacées, philodendrons, palmiers… autant de plantes qui formaient des tableaux mouvants au fil des saisons.
Burle Marx aimait aussi travailler le sol. Il transformait les chaussées et les esplanades en œuvres graphiques, notamment grâce à l’usage de mosaïques, comme celles que l’on retrouve sur les plages de Copacabana à Rio. Il rompait avec les symétries classiques, préférant les courbes inspirées du mouvement de l’eau, les masses végétales en liberté, les jeux de contrastes et de volumes.Pour lui, le jardin ne devait pas être un luxe réservé à quelques-uns. C’était un lieu de vie collective, un espace public autant qu’un acte artistique. Il militait pour des espaces verts accessibles à tous, là où la ville devenait souvent bétonnée et minérale.
Le Sítio Roberto Burle Marx
En 1949, Roberto Burle Marx achète avec son frère une ancienne plantation de bananes à Guaratiba, à l’ouest de Rio de Janeiro. Il ne s’agit pas d’une simple résidence, mais d’un laboratoire paysager à ciel ouvert. Sur un terrain de 365 000 m², il plante, expérimente, observe, crée. Le Sítio devient un lieu de recherche, de collecte, de conservation — un sanctuaire végétal.
Plus de 3 500 espèces végétales y sont répertoriées. Chaque jardin y a son thème, sa lumière, son ambiance. Les allées serpentent entre des clairières, des étangs, des sculptures et des mosaïques signées par lui-même. À l’intérieur de la maison, une collection unique d’objets d’art populaire du Nordeste brésilien révèle l’attachement de Burle Marx aux traditions locales.
Ce lieu fut sa demeure, mais aussi sa source d’inspiration jusqu’à sa disparition. En 1985, il décide de léguer le Sítio à l’IPHAN, l’Institut du Patrimoine Historique et Artistique National. En 2021, il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.Aujourd’hui, le Sítio est ouvert au public, mais aussi aux chercheurs et étudiants. Il reste un centre vivant de savoir botanique, un exemple de ce que peut être un jardin quand il devient territoire de création, de mémoire et d’engagement.
Des créations emblématiques
Impossible de parler de Burle Marx sans évoquer ses grandes réalisations. Chacune incarne sa vision du paysage, sa sensibilité artistique, et sa foi en la nature brésilienne.
- Jardin du musée d’art moderne de Rio de Janeiro (1938)
Un des premiers exemples où il mêle plantes tropicales et formes abstraites. Un espace luxuriant, coloré, dynamique, où chaque massif semble danser avec l’architecture. - Parc Ibirapuera à São Paulo (1954)
Pensé comme un lieu de rencontre pour les citadins, ce parc utilise des espèces locales et traduit une volonté de créer du lien social à travers le paysage. - Jardin du Palácio da Alvorada à Brasília (1958)
Créé en dialogue avec le modernisme de Brasília, ce jardin met en scène la flore locale dans un cadre à la fois solennel et vivant. Une alliance rare entre institution politique et nature tropicale. - Parque del Este à Caracas (Venezuela)
Preuve de sa reconnaissance internationale, ce parc traduit la même ambition de réconcilier art, nature et public dans un environnement urbain.
Roberto Burle Marx n’a pas simplement dessiné des jardins : il a créé un langage. Un langage où la plante devient matière artistique, où chaque espace vert raconte un récit végétal, et où l’homme retrouve sa place dans le monde naturel. Pour nous, jardiniers d’aujourd’hui, son œuvre est une invitation : celle d’oser, d’expérimenter, et surtout, de respecter la nature dans ce qu’elle a de plus vibrant et authentique.
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